17 janvier 2015

Charlie Hebdo, le Québec et moi


 
Oui, j'ai déjà eu les cheveux longs.
Lundi dernier, nous étions quatre écrivains dans un restaurant d’Ottawa, réunis là pour préparer un projet d’ateliers d’écriture en Ontario. Nous étions deux d’origine française, arrivés au Québec depuis 22 ans pour moi et 43 pour mon collègue. La question des attentats à Charlie Hebdo s’est bien sûr présentée, posée par un écrivain franco-ontarien. Il voulait savoir si nous étions touchés, nous qui étions partis depuis si longtemps. J’ai raconté que depuis la nouvelle, j’étais bouleversé. J’ai grandi avec Charlie Hebdo. Je l’ai beaucoup lu. J’ai énormément ri grâce à lui, mais j’ai aussi beaucoup appris. Savoir que deux imbéciles ont tué Cabu et Wolinsky m’a donné envie de chialer. Ces dessinateurs étaient des génies. En racontant mon trouble, je me suis rendu compte à quel point Charlie Hebdo appartenait à ma culture, combien il faisait partie de la culture française. C’est cela qui a été assassiné. Le droit à la déconnade, au sarcasme, à la rigolade, à l’humour forcené, dessiné avec talent et culot. A côté de moi, mon ami français pleurait à chaudes larmes.
J’habite dans un Québec que j’adore et je regarde la France de loin, sans vouloir retourner y vivre. Mais les manifestations de dimanche m’ont réconcilié avec mon pays d’origine. 
Nous sommes sortis du restaurant et nous avons parlé d’autre chose.

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