22 mars 2010

Noeuds et dénouements


D’Annie Proulx, je ne connaissais que les nouvelles du recueil Les pieds dans la boue, dont la célèbre Brokeback Mountain. Des histoires que j’avais qualifiées de «âpres, authentiques et superbes».

Publié sous le titre The Fishing News en 1993, Nœuds et dénouements a gagné le prix Pulitzer et le National Book Award. Avec ce roman, le souffle prend le dessus. On suit le parcours hors norme de Quoyle quittant New York pour reprendre sa vie à zéro, après le décès de son épouse volage. Direction : Terre Neuve, la terre de ses ancêtres.

Il s’installe à Port-Crachin avec ses des deux filles et sa tante, travaille au journal local : l’Eider Cancaneur.

L’écriture d’Annie Proulx est un ravissement. Froide et précise, surprenante, elliptique, riche. Le ton est direct, le vocabulaire est pointu.

On découvre la vie de ce petit bout de pays sauvage. La description des lieux, de l'océan hostile et des habitants est saisissante. Là-bas, le vent est qualifié d’abominable. Les gens du coin sont pêcheurs de morues et chasseurs de phoques. Certains tricotent. Quand ils font la fête, ça dégénère gravement. La nature les attend au tournant.

On pense parfois lire une histoire qui se déroulerait au début du XXe siècle, mais non, nous sommes à la fin du siècle, en 1991-92. C’est moderne, car les rapports humains n’ont pas changé depuis mille ans. Encore une fois, ce sont eux qui fascinent chez la romancière américaine.

Une lecture forte, avec un suspense subtil, des chapitres qui s’ouvrent sur la description d’un nœud marin. Le roman s’achève ainsi : «Il arrive que l’on attrape un crabe avec l’ombre d’une main, que l’on retienne le vent du soir avec un bout de ficelle noué. Et il se peut parfois qu’un amour existe sans chagrin ni souffrance.»

Annie Proulx affirmait que «Il faut avoir vécu avant d’écrire.» Elle a publié son premier livre à 53 ans. Bien fait d'attendre.



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