12 octobre 2009

Bonheur d'occasion


Par curiosité et pour une recherche sur un texte, je me suis plongé dans le Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy. J’avoue que j’avais un apriori négatif. Ridicule, comme tous les apriori.
Ce roman m'a profondément touché.
Rappel pour les incultes et les nouveaux arrivants : Bonheur d’occasion est le premier roman de Gabrielle Roy. Née au Manitoba, elle a séjourné en Europe avant de s’installer au Québec. Publié en 1945, ce livre dépeint avec réalisme la vie dans le quartier Saint-Henri de Montréal, au début de la seconde guerre mondiale. Il a remporté le prix Fémina en 1947.
Bonheur d’occasion est-il un roman noir ? Je n’irais pas jusque là, même si la misère qu’il dépeint pourrait l’apparenter à L’Assommoir de Zola, lui-même parfois présenté comme précurseur de la littérature noire américaine.
On plonge dans la pauvreté terrible de ce quartier francophone. Les jeunes hommes tentent d’échapper au chômage en s’enrôlant ou en profitant de l’industrie de guerre.
J’ai été frappé par le style magistral de Gabrielle Roy. J’ai pensé à cette chronique de Michel Vezina, où il s’interrogeait sur la réticence des éditeurs parisiens à acheter ses titres écrits «trop en québécois».
La narration dans Bonheur d’occasion est écrite dans un français superbe, riche et précis. «Elle arriva à la maison où Jean habitait. Avec ses larmiers suintants qui ruisselaient comme des dalots, sa peinture galeuse et ce grand bruit d’hélice qui l’entourait, elle faisait penser à un triste vaisseau de transport au radoub.»
Alors que les dialogues sont dans une langue populaire, crue et vraie. «Nous autres, on est pas nés pour la chance. À c’te heure, rendu au mois de mai, les maisons sont quasiment pu trouvables... Où c’est qu’on va loger ?»
Cette cohabitation stylistique fonctionne à merveille. Jamais forcée, toujours émouvante.
Ça répond à une interrogation que j’avais sur mes langues françaises.

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