11 février 2012

L'invasion des blogueurs

Je ne sais pas si vous avez suivi le récent débat entourant l’arrivée du Huffington Post au Québec et la question des blogueurs non-rémunérés. D’autres journaux ont réagi, dont Voir, avec l’ajout de dizaines de blogueurs à son site. Une fois le HP Québec lancé, une fois la poussière retombée, qu’en penser ? Pas grand-chose, en fait. Il faudra juger sur la distance si les personnalités qui s’expriment aujourd’hui auront encore quelque chose d’intéressant à raconter dans six mois. Et si elles veulent toujours le faire gratos. Pour ceux et celles qui utilisent le HP comme une vitrine, c’est rêvé. Pour les autres, on verra. C’est amusant de lire combien nombre d’entre eux se sentent obligés de justifier leur choix.
J’avoue que quand je lis cette citation de Arianna Huffington : «On ne s’est jamais demandé pourquoi les gens restaient écrasés devant la télé sans être payés.», j’ai des doutes sur l’entreprise.

Mais surtout, qui aura le temps de lire ces centaines de billets qui s’ajoutent à ceux des indépendants (dont je fais partie) ? Les gens ont besoin de s’exprimer, ils se trouvent intéressants, Internet leur permet d’exister, tant mieux. Mais n’y aura-t-il pas bientôt plus de blogueurs que de lecteurs ? Les journalistes - les vrais - perdent du terrain, et c’est dommage, car leur travail d’investigation, leur éthique, leurs recherches et leur professionnalisme sont irremplaçables.

Les gens vont lire encore moins de livres, écrire encore plus de commentaires inutiles, rester davantage assis sur leurs fauteuils. C’est un mauvais moment à passer.

7 commentaires:

  1. C'est une bonne question et qui se pose aussi dans le milieu culturel. Les librairies aussi se tournent vers des blogueurs bénévoles pour mettre des commentaires de lectures. Question existentielle pour la blogueuse que je suis: avoir une plus grande visibilité pour mes textes mais travailler bénévolement pour une compagnie privée alors que je suis moi-même libraire ailleurs? Ma réponse est non, je tiens à mon indépendance et je veux que mes lecteurs se tournent vers la librairie de leur choix.
    Dans les deux situations, cela veut aussi dire qu'on se tourne moins vers les journalistes et les libraires de profession et c'est bien dommage.
    Mais j'essaye de rester positive, je pense que les lecteurs sauront faire la différence entre un vrai journaliste et un blogueur amateur et qui sait si de jeunes journalistes ne verront pas leur nom mieux connu. Par contre, je ne suis pas sûre que les lecteurs visés liront moins de livres car est-ce vraiment le même public? Un gros lecteur le reste toujours, il enlève juste autre chose :-)

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  2. Merci pour ta réponse, Morgane.
    Mon questionnement touche plus les blogueurs en quête d'agrégation du HP; ce qui sonne plus comme des grégaires.
    Je reste attaché aux blogues indépendants et il est vrai que la lecture de ceux-ci me donne souvent envie de lire des livres. Et les travail des blogues littéraires vis à vis des médias prend plus en plus d'importance.

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  3. La même chose s'applique aux communications visuelles. Autrefois c'était un métier, aujourd'hui c'est un hobby pour trop de gens. Défendre son travail en tant que professionnel est devenu insupportable. Plus les outils sont accessibles, plus il y a des bozos qui se lancent en affaire.

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  4. Intéressant point monsieur Marois! Il semble que le débat repose sur l'insistance de créer deux camps distincts : journalistes vs blogueurs. Or, il existe plusieurs types de blogueurs - dont des journalistes ou des rédacteurs/écrivains qui possèdent la formation/compétence nécessaire - qui méritent rémunération autant que leurs collègues embauchés à temps plein ou à la pige. Il semble que l’on tente en vain de rendre noir et blanc ce qui affiche plusieurs tons de gris. Une réaction commune lors de changement de paradigme. Quoiqu'il en soit, ce débat entraîne quantité de points de vue intéressants. Bon succès à vous!

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  5. La tendance va-t-elle durer? Je suis allé voir le HP et je n'y ai pas découvert grand chose, sinon beaucoup de redites et d'inutilités. Du «OLD».

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  6. Avec un peu de retard sur le débat...
    Qu'on le veuille ou non, la question qui se pose est bien davantage celui du contenu que celui de la diffusion. Que le HP ou le site VOIR disposent d'une importante plateforme de diffusion, ça ne fait pas de doute, mais si les uns et les autres diffusent la MÊME information, quel intérêt. J'en reviens à mon billet du 29 janvier 2012: Y a-t-il de la place pour une autre information? Existe-t-il encore des journalistes d'enquête?

    Si l'existence de blogues indépendants pouvait nous garantir un droit à la dissidence, J'en serais ravi... à condition qu'ils ne soient pas enterrés sous l'avalanche des HP de ce monde...

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    1. Bien d'accord, cher Patrice. Merci du commentaire. C'est bon de te lire, même loin de ces gros médias.

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