08 juillet 2019

Journal de ma francophonie #12 – Ventabren (France) + Festival des arbres (Toronto)

Mardi 16 mai – Ventabren, près d’Aix-en-Provence  
Je ne suis pas en France, mais je tiens une correspondance avec une classe de primaire dans le cadre du prix Les Incorruptibles, auquel participe Le Voleur de sandwichs. Ils me posent des questions à distance, auxquelles je réponds. Les premières demandes étaient classiques: pourquoi j’écris, depuis quand… 
Aujourd’hui, ils me demandent si tout le monde parle français au Canada. Je mesure la distance qui nous sépare. Je leur explique nos deux langues officielles et le statut particulier du Québec. Je leur demande si, eux, se sentent francophones. Je suis curieux de leur réponse.

Mercredi 17 mai – Festival des arbres – Toronto
Je suis invité, comme une quinzaine d’autres auteurs au Festival des arbres organisé par l’Association des bibliothèques de l’Ontario (ABO). Notre album Aux toilettes y est finaliste pour le prix Peuplier qui sera remis demain avec deux autres. C’est ma première visite pour cette manifestation et je suis impressionné par les moyens mis en place: avion, hôtel…
Mireille Messier, seule auteur torontoise francophone en lice, a organisé un souper avec les auteur.e.s – les femmes sont très largement majoritaires. Nous venons surtout du Québec, mais aussi des maritimes, de la Saskatchewan et de l’Ontario. La francophonie canadienne est réunie dans la capitale ontarienne. Nous nous retrouvons donc avec plaisir au restaurant Le Papillon. L’ambiance est bonne, nous sommes heureux de nous connaître, de nous découvrir, d’échanger. 
On jase du métier, des éditeurs, des rencontres dans les écoles. Les écrivains jeunesse font beaucoup d’animations. Nos expériences semblent similaires. Une bibliothécaire à notre table – Eugenia Doval – nous parle de son travail, des moyens à sa disposition. Nous comparons avec l’état lamentable des bibliothèques en milieu scolaire au Québec, de l’absence de moyens et de bibliothécaires. Comment donner le goût de lire à des élèves qui n’ont accès qu’à des bibliothèques désertes, froides, poussiéreuses, inanimées ? On rêve de cloner Eugenia.
Elle nous partage ses expériences, nous explique l’importance capitale de lire des histoires aux enfants, quel que soit leur âge. L’idée de faire lire des livres aux plus jeunes par les plus âgés me semble excellente.
Le souper est stimulant, joyeux. On rentre à pied jusqu’à l’hôtel. Je discute avec Jacques Goldstyn. Il me raconte son prochain livre. C’est un bon moment.
Une soirée stimulante et constructive au cœur de la grande cité anglophone.

Jeudi 18 mai – Festival des arbres – Toronto
Je finis mon journal en beauté, car Aux Toilettes a remporté le Prix Peuplier. L’organisation de la journée est impeccable, avec près de 2000 jeunes francophones venus célébrer le livre en français. La veille, ils étaient 5000 anglophones pour The Forest of Reading. Cet évènement est mis en place par l’Association des Bibliothèques d’Ontario (OLA) depuis 2012 à travers toute la province.
La différence d’achalandage entre les deux volets est en fait un bonne nouvelle, car la version franco a doublé depuis l’an passé. À l’origine, le festival n’existait qu’en anglais. Le Festival des arbres est une véritable fête conçue pour et par les enfants. Ceux-ci sont impliqués à chaque étape: conférence, dédicaces, remises de prix, dessins des prix, présentation des auteurs sur scène. On sent la volonté de célébrer les écrivains et les illustrateurs. Mes collègues et moi, nous nous sentons comme des rock-stars — applaudis, félicités, photographiés. Les files s’allongent pour nous demander des autographes et des selfies. On rêve debout, là.
Ce festival grossit chaque année et le volet francophone est impressionnant. Il n’existe rien de comparable au Québec, où le livre jeunesse est célébré à travers une série d’évènements de moindre envergure: Prix des libraires jeunesse, Livromagie, Festival TD… La comparaison est inutile, il faut surtout retenir l’action conjuguée des bibliothèques publiques et scolaires, avec un travail énorme, passionné et intelligent effectué par ces dernières. Les jeunes doivent lire au moins trois des dix livres finalistes pour pouvoir voter dans une catégorie. Et ça marche ! Ils viennent me voir et me parlent spontanément d’Aux Toilettes pour me donner leurs commentaires. Les professeurs sont enthousiastes. La lecture devient plaisir et la langue s’apprend dans la joie. On jase et on lit beaucoup en français à Toronto. Il y a donc de l’espoir.
À suivre...






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