J'ai été sélectionné pour la tournée Lire à tout vent 2020. Je serai en visite à Yellowknife pendant la semaine du 10 février. Lire à tout vent est organisée chaque année par Communication Jeunesse.
À suivre, donc, dans la capitale des Territoires du Nord-Ouest. J'y rencontrerai de nombreuses classes de jeunes francophones.
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06 février 2020
12 juillet 2019
Journal de ma francophonie #14 – Montréal + Ventabren (Provence)
Jeudi 1er
juin 2017 – Montréal + Ventabren (France)
Ce journal ne veut pas finir.
J’ai reçu une réponse de mes correspondants français, concernant la
francophonie. Je la recopie ici:
«LA FRANCOPHONIE
Au début, nous n’étions pas
intéressés par ce sujet. Pour tout vous dire, en fait nous ne savions pas de
quoi il s’agissait. Ce n’est pas dans nos programmes à l’école et nous n’en
parlons pas à la maison. Alors nous avons fait des recherches et cela nous a
passionnés.
Grâce à vous nous avons
découvert un nouveau mot et ce que ça représente.
Maintenant nous trouvons que
c’est très important.
Pouvoir échanger avec les autres
pays sur tous les continents. Pouvoir aider à développer les écoles et à
respecter l’environnement. Faire des rencontres à travers les livres, la
musique, la danse, le sport.
Nous sommes fiers de partager
nos valeurs.
« Liberté, égalité et fraternité »
C’est toute la richesse de notre
langue et de notre culture et nous n’en avions même pas conscience. Maintenant
c’est promis nous fêterons la francophonie.
Nous aimons la
francophonie.
D’ailleurs, sans le savoir, nous
avons participé à la francophonie. Tout au long de l’année, nous avons réalisé
une correspondance avec des écoliers burkinabés. Ils habitent à Tanlili, un
village de la brousse au nord de Ouagadougou. Village où notre maîtresse met en
place des parrainages pour aider les jeunes dans leurs études. Leurs lettres
étaient très belles. On a découvert leur façon de vivre et ce n’est pas facile.
Ils étaient très contents de recevoir nos dessins et nos jeux. Nous attendons
avec impatience leurs réponses.
Nous sommes contents de les
voir heureux.»
Cette réponse me ravit. Ils ont découvert la francophonie,
alors qu’elle n’est pas au programme. Ils y ont même participé sans le savoir!
Prendre conscience d’un mouvement permet sûrement d’y
contribuer avec encore plus d’efficacité et de foi.
Ma correspondance avec la classe de Mme Adville, à Ventabren, se
conclut d’autant mieux que j’apprends aujourd’hui que notre Voleur des Sandwichs a remporté le Prix des Incorruptibles, en France, avec 49 309 voix sur 110 672 votes.
Soit environ 45 % de votants qui nous ont choisis. C’est formidable.
La littérature
jeunesse québécoise aussi populaire en France, c’est une autre preuve de la
vitalité de cette fameuse francophonie, non ?
Publié par
André Marois
Catégorie :
Journal de ma francophonie,
La Pastèque,
Les,
Voleur de sandwichs
10 juillet 2019
Journal de ma francophonie #13 – Mandeville + école élémentaire Rawdon
23 mai 2017 – Mandeville – en guise de conclusion
Ma
virée francophone s’achève. Qu’en reste-t-il ?
En
relisant mon introduction, je la trouve bien ambitieuse. «Notre langue est-elle menacée ou a-t-elle
encore de beaux jours devant elle?» Bien sûr, je n’ai pas trouvé la réponse à
ma question, mais j’en ai découvert des éléments qui m’ont étonné, voire
encouragé. En Ontario comme au Yukon, les acteurs de la francophonie — les
militant.es devrais-je dire — se donnent les moyens de faire vivre la langue.
Ils savent que cela passe par l’éducation et ils se battent pour ça. Ils sont
aidés, subventionnés. Leur détermination est inébranlable. Ils luttent pour la
survie de leur culture, pour que leurs petits-enfants parlent la même langue
qu’eux. Le combat sera-t-il victorieux ? On a le droit d’être pessimiste,
tant que le fait anglophone domine, gagne du terrain. Mais en visitant
Whitehorse où les classes d’immersion se multiplient, où les francophones du
monde entier rappliquent et s’installent, j’ai senti l’espoir renaitre. Bien
sûr, le français reste isolé, dans son coin, à 5500 km de Montréal, à 2000 km
d’Edmonton.
Au
Québec, on se sent moins menacés, mais on reste sur nos gardes. La question
linguistique est sur beaucoup de lèvres. La lutte demeure politique, acharnée,
essentielle.
En
Suisse comme en France, on en dans la culture avant toute chose. La notion de
francophonie reste abstraite, elle n’intéresse que moyennement.
Au-delà
des statistiques plates, je retiens surtout de mon formidable périple, une incroyable
énergie, un plaisir à lire et à écrire en français. J’ai rencontré des
enseignant.e.s, des organisateurs et des bibliothécaires passionnants, à
l’énergie communicative. J’ai souvent été ému par un progrès, un accent, un
nouveau mot appris ou partagé. Qui a dit que c’est dans les petits combats qu’on
gagne les grandes victoires ? Sûrement pas Napoléon. Tant qu’il y aura des
Danielle Bonneau, des Sandra Saint-Laurent, des Eugenia Doval, des Violaine
Boels, des Philippe Porée-Kurrer et tant d’autres, les jeunes lecteurs et
lectrices auront des livres francophones à se mettre sous les lunettes, des
histoires à écrire, des écrivains à rencontrer.
Alors,
oui, le français est une langue bien vivante, au Québec et ailleurs. Mais le
moindre relâchement entraînera son recul.
En
attendant, je range mes valises. J’ai donné tous mes livres lors de mes
tournées. Je suis de retour au chalet, où je passerai l’été à écrire.
Pendant que je conclus ce texte, un courriel entre dans ma boîte. Je viens de recevoir le PDF du recueil des textes écrits à Verner et North Bay. Un vrai livre, mis en page, illustré, révisé. Les écrivains en herbe vont ainsi pouvoir trouver leur lectorat francophone. Ils garderont aussi une trace de leur écriture, une fierté. Tout est dans tout.
Pendant que je conclus ce texte, un courriel entre dans ma boîte. Je viens de recevoir le PDF du recueil des textes écrits à Verner et North Bay. Un vrai livre, mis en page, illustré, révisé. Les écrivains en herbe vont ainsi pouvoir trouver leur lectorat francophone. Ils garderont aussi une trace de leur écriture, une fierté. Tout est dans tout.

Jeudi 25 mai
2017 – École élémentaire Rawdon
Ultimes animations dans une
école primaire anglophone dans la région de Lanaudière. C’est une visite
tardive dans la saison, mais le Community Development Technician m’a
expliqué qu’il y avait eu un «surplus
de fonds avec le programme Culture à l'École». Voilà qui est étonnant, en plus
de rencontrer des classes d’un Community
Learning Center. Juste
avant d’arriver, un énorme trou a englouti la route, à deux pas de
ma destination. Les pluies abondantes des derniers mois en seraient
responsables. Faut-il y voir là une métaphore de l’état de notre langue au
Québec ? Serons-nous bientôt à notre tour avalé par un gigantesque
glissement de terrain linguistique ?
À ma grande surprise, je
débarque dans une école publique appartenant à la commission scolaire
Sir-Wilfrid-Laurier (Sir Wilfrid Laurier
school board).
Dans mon esprit d’habitant du Plateau Mont-Royal, les
anglophones se tiennent juste à l’ouest de Montréal et en Estrie. Dans les
couloirs, des panneaux présentent des travaux effectués à partir de mes livres.
Les classes sont visiblement très bien préparées – on sait qui je suis et ce
que j’ai écrit.
Je rencontre des élèves de 4e, 5e et 6e
années qui sont tous parfaitement bilingues, s’expriment avec aisance en
français, certains avec un vocabulaire très soigné. Ça se passe plutôt bien. Et
la même question revient, posée à l’envers: où trouver mes livres ?
J’explique le piège des ressemblances entre librairie et library. La plus proche se trouve à Joliette, à 45 km de là.
La professeure m’explique qu’ils n’y vont jamais, d’autant moins qu’il s’agit
d’une librairie francophone…
Je repars en effectuant un grand
détour pour éviter le glissement de terrain. J’ai la francophonie qui me sourit
aujourd’hui.
À suivre : un dernier épisode franco-français
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08 juillet 2019
Journal de ma francophonie #12 – Ventabren (France) + Festival des arbres (Toronto)
Je ne suis pas en France, mais
je tiens une correspondance avec une classe de primaire dans le cadre du prix Les Incorruptibles, auquel participe Le Voleur de sandwichs. Ils me posent
des questions à distance, auxquelles je réponds. Les premières demandes étaient
classiques: pourquoi j’écris, depuis quand…
Aujourd’hui, ils me demandent si
tout le monde parle français au Canada. Je mesure la distance qui nous sépare.
Je leur explique nos deux langues officielles et le statut particulier du
Québec. Je leur demande si, eux, se sentent francophones. Je suis curieux de
leur réponse.
Mercredi 17 mai
– Festival des arbres – Toronto
Je suis invité, comme une
quinzaine d’autres auteurs au Festival des arbres organisé par l’Association des bibliothèques de
l’Ontario (ABO). Notre album Aux
toilettes y est finaliste pour le prix Peuplier qui sera remis demain avec
deux autres. C’est ma première visite pour cette manifestation et je suis
impressionné par les moyens mis en place: avion, hôtel…
Mireille
Messier, seule auteur torontoise francophone en lice, a organisé un souper avec
les auteur.e.s – les femmes sont très largement majoritaires. Nous venons
surtout du Québec, mais aussi des maritimes, de la Saskatchewan et de l’Ontario.
La francophonie canadienne est réunie dans la capitale ontarienne. Nous nous
retrouvons donc avec plaisir au restaurant Le Papillon. L’ambiance est bonne,
nous sommes heureux de nous connaître, de nous découvrir, d’échanger.
On jase
du métier, des éditeurs, des rencontres dans les écoles. Les écrivains jeunesse
font beaucoup d’animations. Nos expériences semblent similaires. Une
bibliothécaire à notre table – Eugenia Doval – nous parle de son travail, des
moyens à sa disposition. Nous comparons avec l’état lamentable des
bibliothèques en milieu scolaire au Québec, de l’absence de moyens et de
bibliothécaires. Comment donner le goût de lire à des élèves qui n’ont accès
qu’à des bibliothèques désertes, froides, poussiéreuses, inanimées ? On
rêve de cloner Eugenia.
Elle
nous partage ses expériences, nous explique l’importance capitale de lire des
histoires aux enfants, quel que soit leur âge. L’idée de faire lire des livres
aux plus jeunes par les plus âgés me semble excellente.
Le
souper est stimulant, joyeux. On rentre à pied jusqu’à l’hôtel. Je discute avec
Jacques Goldstyn. Il me raconte son prochain livre. C’est un bon moment.
Une
soirée stimulante et constructive au cœur de la grande cité anglophone.
Jeudi 18 mai – Festival des arbres – Toronto
Je
finis mon journal en beauté, car Aux
Toilettes a remporté le Prix Peuplier. L’organisation de la journée est
impeccable, avec près de 2000 jeunes francophones venus célébrer le livre en
français. La veille, ils étaient 5000 anglophones pour The Forest of Reading.
Cet évènement est mis en place par l’Association des Bibliothèques d’Ontario
(OLA) depuis 2012 à travers toute la province.
La
différence d’achalandage entre les deux volets est en fait un bonne nouvelle,
car la version franco a doublé depuis l’an passé. À l’origine, le festival
n’existait qu’en anglais. Le Festival des arbres est une véritable fête conçue
pour et par les enfants. Ceux-ci sont impliqués à chaque étape: conférence,
dédicaces, remises de prix, dessins des prix, présentation des auteurs sur
scène. On sent la volonté de célébrer les écrivains et les illustrateurs. Mes
collègues et moi, nous nous sentons comme des rock-stars — applaudis,
félicités, photographiés. Les files s’allongent pour nous demander des
autographes et des selfies. On rêve debout, là.
Ce
festival grossit chaque année et le volet francophone est impressionnant. Il
n’existe rien de comparable au Québec, où le livre jeunesse est célébré à
travers une série d’évènements de moindre envergure: Prix des libraires
jeunesse, Livromagie, Festival TD… La comparaison est inutile, il faut surtout
retenir l’action conjuguée des bibliothèques publiques et scolaires, avec un
travail énorme, passionné et intelligent effectué par ces dernières. Les jeunes
doivent lire au moins trois des dix livres finalistes pour pouvoir voter dans
une catégorie. Et ça marche ! Ils viennent me voir et me parlent spontanément
d’Aux Toilettes pour me donner leurs
commentaires. Les professeurs sont enthousiastes. La lecture devient plaisir et
la langue s’apprend dans la joie. On jase et on lit beaucoup en français à Toronto. Il y
a donc de l’espoir.
À suivre...
06 juillet 2019
Journal de ma francophonie #11 – Whitehorse (Yukon)
Lundi 1er mai 2017 – École Holy Family — Whitehorse, Yukon.
Je
commence aujourd’hui une semaine d’ateliers dans les écoles primaires et
secondaires francophones de Whitehorse. C’est ma première visite en territoire
du Yukon, qui est, après le Québec et le Nouveau-Brunswick, le 3e
territoire ou province pour le nombre de francophones. Bien sûr, la population
globale de 38 000 habitants relativise le nombre de locuteurs de la langue
de Miron, mais ça reste un fait notable.
La
communauté francophone est très active: un hebdomadaire, L’Aurore boréale et Ici Yukon
pour Radio-Canada qui diffuse des émissions en français.
Ce
matin, à 5h, réveil brutal causé par un tremblement de terre. Ça recommence à
trembler à 7h30. Le centre-ville reste coupé d’électricité pendant 90 minutes.
On est peu de choses, dans toutes les langues.
L’école
Holy Family est anglophone avec un programme de français intensif. Je rencontre
des classes de 5e, 6e et 7e années. Les élèves
ont lu Le Voleur de sandwichs en
classe, ou plutôt, c’est leur enseignante qui leur a lu. Leur compréhension de
mon accent et de mes expressions n’est pas aisée. La professeure reformule
souvent mes questions comme mes réponses aux leurs. Ça demande de l’attention
et beaucoup d’énergie.
Danielle Bonneau, agente des partenariats culturels,
Programmes de français, au Département de l’Éducation du Yukon, coordonne toute
ma semaine. Elle est Québécoise, vit ici avec son mari Jean-Marc et leurs deux
fils depuis 2002. Ils adorent la vie yukonnaise. Ils sont chez eux à
Whitehorse, très impliqués et actifs. Elle m’explique que mon intervention dans
cette école est importante, car elle permet de mettre des élèves qui apprennent
le français avec un écrivain qui l’écrit. Même s’ils me comprennent mal, ils me
comprennent quand même. C’est ainsi que la francophonie survit, voire se
développe. Ce qui semble le cas en ville. D’après cet article du Devoir [1]datant
du 24 juillet 2013, «Plus il y a de services en français
donc, plus la communauté francophone du Yukon grandit et compte de nouveaux
arrivants. En 2011, 4,8 % de la population du Yukon disait avoir le
français comme langue maternelle. Au total, 4510 personnes parlent français,
soit 13 % de la population yukonnaise. « Le Yukon a donc le plus fort
pourcentage de francophones et de personnes qui peuvent soutenir une
conversation en français dans l’ensemble de la francophonie minoritaire
canadienne après le Nouveau-Brunswick », constate Nancy Power, directrice des
communications de l’Association franco-yukonnaise.»
Au café Baked
sur Main street, où j’écris ces lignes, ça parle beaucoup en français. Je suis
à 5500 km de Montréal et cette vitalité me surprend autant qu’elle me
ravit.
Je lis l’essai La langue affranchie, se raccommoder avec
l’évolution linguistique de la même Anne-Marie Beaudoin-Bégin citée
précédemment. Son discours me plaît, car elle y défend un français vivant,
créatif, moderne. C’est pour elle la seule issue pour le protéger face à
l’anglais. Pour ne pas écœurer les jeunes avec le mauvais français et ses
fautes, on devrait se permettre plus de folie, de liberté. Cessons de nous
accrocher à une langue figée et trop compliquée. Osons autant que les
anglophones le font.
La lire à Whitehorse est un vrai
paradoxe. Nous ne sommes vraiment pas ici dans la même problématique québécoise.
On trouve ici des Français, des Marocains, des Québécois, des Manitobains…
Mardi 2 mai
2017 – Club de lecture Les p’tits yeux pointus – Whitehorse
Apprenant ma venue en ville par
l’hebdomadaire francophone, Sandra St-Laurent m’a invité à participer à son
club de lecture pour tout petits. Après une grosse journée de sept animations à
l’école Émily Tremblay, je me retrouve à la bibliothèque de Whitehorse. Il y a
là six mamans et une douzaine d’enfants entre quatre et huit ans. Ils ont lu Aux toilettes ou Le voleur de sandwichs. Ils viennent surtout du Québec, mais une
mère est Belge. On fait un pique-nique et je lis mon album, puis on participe à
un jeu et je réponds aux questions des enfants.
C’est ce type d’activité qui donne
du tonus à la francophonie. Après le secondaire, ces enfants iront à
l’université à Vancouver, en anglais. En dehors de chez eux, toutes leurs
activités sont en anglais, sauf la piscine pour des raisons de sécurité. Sandra
nous explique qu’elle s’est battue pour ça. Son dynamisme est communicatif.
Elle travaille à l’association franco-yukonnaise, visiblement très active, et
participe à un autre club de lecture adulte, que je rencontrerai jeudi. Les
enfants échangent facilement avec leurs amis francophones, ils donnent leur
point de vue sur les livres. Je suis leur premier auteur rencontré en chair et
en os. Ils sont ravis, moi aussi.
Le français semble vivre un état
de grâce au Yukon.
Vendredi 5 mai
– école F.H. Collins – Whitehorse
Ma semaine yukonnaise s’achève
dans une école secondaire. Les élèves sont peu nombreux dans chaque groupe,
mais les échanges prennent de la hauteur. Après cette journée, nous faisons la
tournée des vernissages dans trois galeries, en compagnie d’enseignantes. La
réflexion de l’une d’elles me fait penser à d’autres situations que j’ai
connues. «Ici, tout est à deux heures d’avion ou deux jours de voiture.»
L’isolement reste la meilleure manière de se préserver de l’influence d’une
autre langue. Le même phénomène s’observe à Hearts et à Verner, en Ontario.
Pour vivre heureux, vivons cachés ? Ce n’est pas la solution, bien sûr,
mais le protectionnisme fonctionne à sa manière.
Ma venue m’a valu une pleine
page dans l’hebdomadaire francophone L’Aurore
Boréale et trois entrevues à Radio-Canada,
dont une en anglais. L’éloignement comme la rareté sont source
d’exposition.
Prochain épisode : la
France et Toronto…
[1] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/383600/le-yukon-d-hier-et-d-aujourd-hui-une-etonnante-vitalite-francophone
04 juillet 2019
Journal de ma francophonie #10 – École Selwyn House (Westmount) + collège Durocher + Bibliothèque de L’Île Bizard
Jeudi 13 avril 2017 – École primaire Selwyn House
– Westmount
On m’a invité pour lire la fin du Voleur de sandwichs devant toute l’école réunie dans la cafétéria.
De ma maternelle à la 6e année, ils arrivent en rang et en silence,
polis. Ils s’assoient par terre. Je me lance, plus impressionné qu’eux/elles.
Après la lecture, les questions. Selwyn House est une école anglophone, mais
ils parlent tous le français. Mon intervention s’inscrit dans le cadre du
Franco Party.
À la réception, je ramasse le journal SHS Weekly, qui titre: Pourquoi
la semaine de la francophonie ? Bonne question. À l’intérieur, les
réponses sont intéressantes. «Pour partager notre amour pour la culture
francophone» écrit Mme Arsenault, enseignante de français. Un peu plus
loin, un article signé Kyle Hassig nous présente Les avantages de la langue française. Tout d’abord, les jobs:
«Savoir le français peut amener d’innombrables nouvelles offres de compagnies
françaises en recherche d’employés.» Ensuite, la culture: «C’est la langue universelle de la danse, de l’architecture, et de
la cuisine. Pour ceux qui veulent se lancer dans les arts, savoir parler
français est un atout sans prix.» Enfin, le tourisme: «Connaître la langue
française a la capacité de rendre les voyages dans des pays francophones bien
plus agréables.»
J’apprends, je note. L’enseignant qui m’a invité m’explique qu’il a
réussi à convaincre toute l’école à lire notre livre grâce à l’existence de la
version américaine: The sandwich Thief.
Sans elle, je n’aurais pas pu me prendre pour une vedette de la littérature,
micro en main pendant une heure, devant 250 jeunes Anglos en uniforme.
Mardi 18 avril 2017 – Collège Durocher –
Saint-Lambert
Je viens de finir ma 5e journée dans ce collège. À raison
de trois animations par jour, c’est trop pour moi. En rentrant, j’écoute Radio-Canada. C’est justement le moment
de la capsule linguistique de Guy Bertrand. Aujourd’hui, il est question des
termes nettoyeur, teinturier et pressing. Le «premier conseiller linguistique à
Radio-Canada» explique les différents usages en France et au Québec, pour
conclure que nettoyeur est un
«régionalisme de bon aloi». En arrivant chez moi, je vérifie la définition de
cette expression dans mon dictionnaire Antidote. «De bon aloi: Qui est
accepté, qui est permis, qui convient.» On tolère donc ici ce régionalisme, alors qu’on ne définit pas
teinturier comme un archaïsme de France.

Mardi 25 avril 2017 –
Bibliothèque de L’Île Bizard
Je donne une animation dans le cadre du
festival Metropolis Bleu. Ce matin, je rencontre des élèves de 2e
année de primaire. L’un d’eux me pose une question qui revient souvent:
— Où est-ce qu’on peut trouver vos
livres ?
La majorité des enfants n’a jamais été
dans une librairie. Ils ne fréquentent souvent des bibliothèques que lorsque
leur prof les y emmène. D’où viennent les livres ? Est-ce que je peux leur
en vendre moi-même ? Non.
Comme d’habitude, j’explique donc simplement
au garçon qu’il trouvera mes livres à la bibliothèque ou dans une librairie
proche de chez lui. Mais cette fois-ci, le travail sera plus ardu encore, parce
qu’il relève la main:
— C’est quoi une librairie ?
Léger découragement.
Prochaine étape : Whitehorse
(Yukon) !!!
25 juin 2019
Journal de ma francophonie #9 – Collège Durocher (Saint-Lambert)
Lundi 27 mars
2017 – Collège Durocher – St-Lambert
Je suis invité dans ce collège
privé depuis trois ans pour y présenter ma trilogie de science-fiction pour
adolescents : Les Voleurs. Je
rencontre toutes les classes de secondaire 1: 14 au total, en cinq jours.
Dans le premier groupe, je remarque qu’ils lisent tous et toutes, de gros bouquins.
Je m’approche d’une élève qui transporte un roman particulièrement volumineux:
un ouvrage de Stephen King… en anglais. Le professeur m’explique que le nombre
d’anglophones qui viennent étudier en français augmente sans cesse. Ce qui
semble une bonne nouvelle pour la francophonie. Tous les élèves peuvent étudier
en français au Québec. C’est pour étudier en anglais que ça devient compliqué,
en vertu de la loi 101. L’enseignant m’apprend aussi que de plus en plus
de jeunes parlent anglais à l’école, au détriment du français, justement.
Le danger guette sans cesse.
Combien de générations cela prendrait-il pour que Saint-Lambert devienne
anglophone? Sûrement pas plus que trois.
Je continue ma présentation et,
comme d’habitude, les élèves ignorent ce qu’est une utopie. Quelle tristesse de penser qu’un des plus beaux mots de
notre langue leur est inconnu. Mais il y a tant de choses qu’ils ignorent.
Edward Snowden? Un élève sur 34 en a entendu parler. Ils ne lisent pas les
journaux. Ne s’intéressent pas à la politique. Pourtant, ils semblent curieux,
allumés, ouverts. Mais leur culture tourne en rond. Ce pourrait-il que leurs
parents ne discutent jamais de l’actualité devant eux? Ça en a l’air.
Je me souviens d’un professeur
d’histoire au lycée, qui nous faisait étudier les socialistes utopiques: Saint-Simon,
Fourrier et ses phalanstères… Bien sûr, rien n'est comparable. Aujourd’hui, on envisage plutôt d’instaurer des
cours d’économie personnelle dans les collèges. C’est triste et symptomatique
de notre époque. Au diable les utopies, place aux REER!
Mardi 28 mars
2017 – Collège Durocher – St-Lambert
Je fais mes présentations dans
la salle de lecture de la bibliothèque du pavillon des 1ères et 2èmes
secondaires. C’est un lieu superbe, avec des boiseries, un plancher verni, de
grandes fenêtres. Lorsque j’arrive le matin, des dizaines d’élèves sont
installés pour lire. Ils prennent vite des livres quand la cloche sonne. Trois
bibliothécaires travaillent ici à plein temps. Une moyenne de 2000 livres est
empruntée chaque mois, autant par des garçons que par des filles. À chaque
récréation, l’espace se remplit. Les lecteurs et les lectrices fourmillent et
c’est beau à observer. On ne peut que se réjouir de cette passion livresque.
Quel contraste saisissant avec
la bibliothèque du collège Jeanne-Mance, quasi à l’abandon faute de moyens et
de personnel. Un déséquilibre désolant entre les écoles publiques et privées,
qui sont subventionnées à 75 % par nos impôts. Cherchez l’erreur.
Un peu plus tard, au sujet de la
langue que nous parlons au Québec, une élève parle de franglais. Elle explique que nous parlons un mauvais français bourré
d’expressions incorrectes et qu’on emploie un bon français en France, mais pas
ici. Je la corrige, car je ne suis vraiment pas d’accord. Le français employé
au Québec est tout aussi valable que celui qu’on parle dans l’Hexagone.
Ça me rappelle l’essai de l’Insolente linguiste (c’est elle qui se
surnomme ainsi) Anne-Marie Beaudoin-Bégin: La
langue rapaillée, Pour combattre l’insécurité linguistique des Québécois.
Elle s’y insurge contre la norme des dictionnaires français de France qui
classent certains termes comme régionalisme, voire barbarisme, parce qu’on ne
les utilise pas à Paris. Le français vit partout autour du globe. Il s’y est
développé des particularismes qui sont autant de richesse, et non le contraire.
À suivre...
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22 juin 2019
Journal de ma francophonie #8 – La bataille des livres (Suisse)
Lundi 10 mars
2017 – Sion, Valais, Suisse – La Bataille des livres
Je suis arrivé à Genève dimanche
soir, invité à la Bataille des livres qui se déroule dans toute la Suisse
romande durant une semaine. J’y ai retrouvé 18 auteurs de la francophonie:
Français, Belges et Suisses. Je suis le représentant québécois.
L’organisation fête ses 20
bougies et tout est huilé. L’accueil est formidable et les auteurs ou
illustrateurs présents sont enthousiastes. Certains en sont à leur 5e
participation.
Lundi, journée occupée par trois
animations à Genève et Satigny. Les élèves sont charmants. Ils ont bien été préparés,
ils ont lu le Voleur de sandwichs. Un
groupe m’accueille avec des affiches de sandwichs et un énorme gâteau en forme
de hamburger. Je roule toute la journée avec Zita, originaire du Valais. Elle est
enseignante à la retraite, bénévole depuis longtemps dans cet événement.
Et la francophonie là-dedans?
Les Suisses romands sont minoritaires en Suisse, mais la communauté est très
vivante et active. La majorité alémanique ne menace pas la langue française,
semble-t-il. On est vraiment en présence de deux cultures qui vivent ensemble
depuis longtemps, en harmonie.
À Genève, deux classes très
multiculturelles, où l’intégration semble aller de soi.
Mes collègues de tournée sont
heureux de se trouver là. On échange dans la voiture, au restaurant. On ne nous
laisse jamais seuls.
Une vision de la francophonie
totalement inédite pour moi.
Un comité sélectionne une
trentaine de livres selon 4 niveaux, qu’il propose aux écoles. Les élèves
lisent tout ce qu’ils peuvent, puis votent pour leur préféré. Les échanges en
classes sont classiques, les questions sans surprise, mais j’ai senti l’intérêt
des jeunes, l’enthousiasme des enseignants.
Le français n’est pas mort de ce
côté-ci des Alpes.
Se battre avec des livres,
quelle drôle d’idée! Le concept a été importé du Québec, il y a 20 ans. Le nom
prête encore à discussion, mais il demeure. On ne se jette aucun bouquin à la
face; on en discute plutôt. C’est une bataille douce, un échange de mots plutôt
que de maux.
Mardi 21 mars –
St-Maurice, Valais, Suisse.
Les rencontres avec les élèves
suisses se passent vraiment très bien. Ils ont préparé des questions, un gâteau
(c’est aujourd’hui mon anniversaire), des dessins, des affiches. Ils avaient même
écrit des fins imaginaires à mon album LeNoël blanc de Chloé et organisé un jeu sous forme d’énigme. Ils ont lu
plusieurs de mes livres. Ils sont curieux aussi. Très polis également, me
serrant spontanément la main pour me saluer.
Les bénévoles qui nous
véhiculent sont adorables. Tout est payé, repas compris. À midi, fondue avec
les professeurs à Bramois.
On a aussi le temps de discuter
avec les autres auteurs. Au déjeuneur, au dîner, au souper, en voiture. La
réalité des écrivains jeunesse en France, en Belgique et au Québec semble assez
proche. Plusieurs font beaucoup d’animations comme moi. Certains ont un emploi
à plein ou mi-temps: gardien de résidence pour personnes âgées, sismologue… On
s’échange des impressions, bonnes et mauvaises, sur les éditeurs. L’ambiance est
franchement fraternelle et amicale. Je ne sens aucune compétition. Ne
connaissant personne, je découvre, je partage. C’est stimulant. J’ai ce
sentiment d’appartenir à une vaste famille internationale. La francophonie
prend le visage de ces hommes et femmes, très différents, amusants, jamais
prétentieux.
Elle devient tangible, palpable
et humaine.
Vendredi 24
mars – Genève
La tournée se termine avec une
classe de 7H totalement enthousiaste. J’ai encore l’impression d’être une rock
star lorsque je signe des autographes. Encore là, les élèves ont lu, étudié,
préparé la rencontre. L’enseignante a bien travaillé et tout le monde est
heureux. Si ça pouvait toujours être comme ça! On dîne avec deux professeures,
qui m’invitent. Pas de reçu, pas de remboursement en vue. Elles paient de leur
poche, avec un grand sourire. Cela fut ainsi les cinq jours. J’apprécie
grandement. Mes accompagnatrices me répètent que c’est normal.
La même question revient: «Où
trouve-t-on vos livres?» Le Voleur de
sandwichs des éditions La Pastèque est très bien distribué en Europe francophone.
On peut aussi acheter Le Noël blanc de Chloé,
publié chez Grasset Jeunesse, et On
aurait dit republié chez Le Seuil jeunesse. Pour les autres, les
professeurs ont tenté leur chance sur Amazon ou à la Fnac, mais les délais de
livraison de plusieurs semaines lesont découragés — quand les livres sont
disponibles.
La francophonie littéraire est
ainsi, cloisonnée. Le protectionnisme français nuit au Québec. Seule évolution:
une enseignante dont les élèves sont de grands lecteurs a décidé d’acheter la
version numérique des Voleurs de mémoire
et le lit en classe à ses lecteurs. Ils adorent ça.
La technologie était très peu
présente dans les classes que j’ai visitées. Pas de tablettes en vue. Les
élèves travaillent et lisent de manière classique, avec du papier, et ça
fonctionne à merveille.
En discutant, je découvre le
système suisse et ses quatre langues officielles: français, allemand, italien
et romanche. Cette dernière serait en train de disparaître avec ses locuteurs
vieillissants. Le cas de l’allemand est intéressant, car les Romands
l’apprennent à l’école, mais cette langue n’est pas vraiment pratiquée en
Suisse allemande où, selon son comté, on utilise un dialecte alémanique souvent
incompréhensible par les habitants de la vallée suivante. La langue dominante
est donc une langue d’usage sans avoir un réel pouvoir. La francophonie côté Suisse
semble avoir de beaux jours devant elle.

Prochain
épisode : retour au Québec avec le collège Durocher
19 juin 2019
Journal de ma francophonie #7 – North Bay et Verner + école Jeanne Mance de Montréal
6 et 7 février
– North Bay et Verner
Mes 6es et dernières
visites se sont presque bien passées. À North Bay, les élèves ont corrigé selon
mes commentaires et ensuite, on a pris les temps de lire chaque nouvelle devant
toute la classe. Écoute attentive des 4 textes. Le temps file et j’ai à peine
le temps de leur demander si la francophonie est importante pour eux. Deux
réponses avant la cloche: «Oui, pour avoir un meilleur emploi», et «Oui, car je
ne parle pas anglais.» J’aurais aimé avoir le temps d’approfondir… Combien
parlent en français chez eux? La majorité, mais pas l’unanimité.
À Verner, le mauvais temps a
fait annuler le ramassage scolaire. Faute d’autobus, il n’y avait que trois
gars en classe. On a corrigé ensemble, mais ça manquait de motivation.
Heureusement que la professeure avait travaillé avec eux avant ma visite.
Au final, je repars avec 7
nouvelles qui vont de 750 à presque 2000 mots. L’étape de la correction aura
été la plus laborieuse. Les mini-tablettes n’ont pas aidé, mais pour des élèves
de 7e et 8e années, le niveau est loin d’être bon.
Pourtant, je suis sûr que mon
travail aura servi – très modestement.
Mercredi 22
février – école Jeanne-Mance — Montréal
Je viens dans ce collège pour
rencontrer une classe de secondaire 2 qui doit réaliser un projet de
cinéma, adapté de mon roman Où est Agota?
C’est ma première animation ici, alors que j’habite à 10 minutes. Lorsque nos
enfants étaient jeunes, Jeanne-Mance avait une réputation de collège tough, dans un quartier défavorisé. En conséquence,
un grand nombre de parents (dont je fais partie) a envoyé ses enfants dans des
collèges privés montréalais. Au Québec, le système mis en place depuis
longtemps fait en sorte qu’un tiers des élèves va suivre son secondaire au
privé. C’est dramatique pour le service public.
Ce jour-là, bêtement, je
m’attends à découvrir un groupe d’adolescents agités et c’est tout le contraire
qui se produit. Ils ont commencé à lire mon livre. Ils sont très attentifs,
posent plein de questions. Bref, une très chouette rencontre.
À la fin, il arrive se moment
magique qui parfois se produit. Un ou deux élèves attendent que les autres
soient partis pour venir me parler. C’est à cet instant privilégié qu’on
m’avoue être en train d’écrire des poèmes ou un roman, qu’on me demande des
trucs pointus. L’élève qui se présente me pose une question précise sur mon
livre, puis m’explique qu’il l’a lu d’une traite, en deux jours. Velours pour
l’auteur qui a mis deux ans et demi à écrire ce roman.
Je dois revenir en avril,
lorsqu’ils auront écrit deux scènes adaptées de mon histoire. J’ai très hâte de
découvrir ça.
Prochaine étape : la
Suisse !
15 juin 2019
Journal de ma francophonie #6 – Nord Ontario + Montréal
23 et 24 janvier 2017 – Nord
Ontario
L’avion qui me ramène de
North Bay à Toronto n’est comme souvent occupé que par une douzaine de
voyageurs. Je songe à tout ce que cela coûte de m’envoyer là pour passer
quelques heures avec des élèves qui ne se doutent évidemment pas de
l’investissement que mes visites représentent.
Hier à North Bay, nous avons
commencé la correction des textes et le contraste avec ce que j’ai vécu la
semaine précédente au Québec m’a frappé de plein fouet. Je suis avec des Franco-ontariens.
Nombre d’entre eux parlent anglais à la maison. Leur professeure me dit qu’ils
perdront leur culture si ça continue ainsi. Que faire d’autre que de résister
et de parler, de lire et d’écrire en français? Résistance vaine ou salutaire? À
voir leurs écrits, mon optimisme habituel bat de l’aile.
Ce matin, sur la route 17
qui me menait à Verner, j’écoutais La
Matin du Nord, l’émission de Radio-Canada. Je mesure son importance
capitale. Les informations locales en culture, politique, économie et sports
sont essentielles à la communauté francophone du nord de l’Ontario. J’écoute
des groupes du coin. Quand on repasse aux nouvelles nationales qui indiquent du
mauvais temps à Montréal, je me mets à la place des habitants de Verner qui
doivent écouter cela avec distance. Au retour de l’émission, la présentatrice
ne manque pas de lancer une petite pique, soulignant gentiment que le Québec
n’a pas le monopole des tempêtes de verglas.
Coincée au milieu d’une
plaine, Verner a préservé sa culture francophone. Alors oui, ma venue ici sert
à quelque chose. C’est une goutte d’eau dans un océan anglophone, mais elle
joue son rôle. Mon optimisme se ragaillardit.
Lundi 30 janvier 2017 – Montréal
Dans Le Devoir, je lis un article sur la situation du français au
Canada. Rien pour nous rassurer. Intitulé «Le français reculera comme langue
maternelle d’ici 2036», il s’appuie sur un document de Statistiques Canada qui
dans ses Projections linguistiques pour
le Canada de 2011 à 2036, prévoit que «le poids démographique de la population
de langue maternelle française au Québec devrait passer de 79 % en 2011 à
une proportion oscillant entre 69 % et 72 % en 2036.»
Les
chiffres sont sans pitié. «À l’échelle canadienne, cette proportion devrait
chuter de 21,3 % en 2011 à un taux se situant entre 17 % et 18 %
en 2036.»
Comment remédier à cet état de fait? Ce
que je pressens dans mes classes ontariennes s’écrit noir sur blanc: «La précarité du français à l’extérieur de la Belle Province
est aussi inquiétante: la proportion de francophones hors Québec devrait passer
de 3,8 % en 2011 pour s’établir à environ 2,7 % en 2036.»
Cela
me fait penser à cette enseignante rencontrée lors d’une tournée Lire en tête
(une autre belle initiative organisée par Communication Jeunesse pour faire
rayonner la littérature québécoise partout au Canada.) Ça se passait à Winnipeg
et elle m’avouait s’être inquiétée que ses deux filles se marient avec des
anglophones. On le sait bien, les mariages mixtes tuent la culture minoritaire,
ce qui est le cas pour les Franco-manitobains qui représentent moins de 3 %
de la population. Son aînée s’était mariée avec un francophone et la famille
soufflait à moitié mieux.
Mais
à part se reproduire entre nous et favoriser l’immigration francophone, que
faire? Dans un autre article du Devoir (mon
journal préféré, vous l’aurez compris): Le
cégep de New York, Jean-Benoit Nadeau avance une idée intéressante. «Ce qui
fait cruellement défaut, c’est une politique — la loi “202”? — qui
partirait du principe que, pour bien protéger le français au Québec, il faut
aussi le porter ailleurs: dans nos politiques éducatives, de communication, nos
politiques culturelles, à travers l’action des entreprises, partout et en tout.
La meilleure défense, c’est l’attaque.»
Ainsi
donc, plutôt que de jouer aux chiens battus, on deviendrait proactif, allant
jusqu’à l’ouverture d’un cégep à New York! Je le cite encore: «Bref, il est
vital que le Québec se donne un “Plan Amérique”, pour mieux exploiter sa
principale ressource naturelle, qui n’est pas l’hydroélectricité, mais le
français. Il y a, sur le continent, 33 millions de francophones — quatre
fois la population du Québec. Nous leur parlons peu ou mal, parce que nous imaginons
le français comme une petite chose en perdition alors qu’il s’agit de la
troisième langue internationale. Ce qui nous place dans la situation absurde où
nous subissons la mondialisation, alors qu’elle devrait être notre premier
tremplin collectif.»
La solution, loin d’être bête, serait
donc là: francophones d’Amérique, unissons-nous! La vitalité de cette approche
me séduit. Je vais y travailler à mon humble mesure.
À suivre…
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